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30 avril 2006 7 30 /04 /avril /2006 12:58

Le livre de Lisette ayant l'air de vous plaire, je vous donne la suite de son histoire vraie.
Vous vous rappelez que dans l'article précédent Lisette était arrivée à Paris de sa Provence natale.



Les bombardements de la gare de Juvisy

En ce printemps 1944, il devient évident qu’un débarquement allié doit être précédé de la destruction des grandes gares, passages obligés des mouvements de troupes allemandes. Le mardi 18 avril 1944 à 23H05, une pluie de bombes (ou dois-je dire un cyclone) tombe sur et autour de la gare de JUVISY séparée de DRAVEIL par la Seine.

 

Lisette qui est de garde d’alerte à l’hôpital Tenon toute la nuit reçoit au matin un coup de téléphone de Jean qui lui annonce « tout le monde va bien, ne t’inquiète pas. » Et Lisette ne comprends pas, pourquoi tout le monde va bien ? Elle est bien au courant qu’il y a eu des bombardements mais à TRAPPES et NOISY-LE-SEC ; elle n’est pas au courant pour JUVISY, heureusement cela lui a évité de s’inquiéter. Pourtant la nuit à Draveil a du être terrible, car le cyclone qui s’est abattu sur JUVISY a tout même fait plus de 125 morts et quelques 600 habitations détruites ou endommagées.

 

Peu de temps après ces événements, ils trouvent enfin une chambre dans un hôtel au 44 rue de la Chine, proche de l’hôpital Tenon.

                  

Photo du lendemain des bombardements sur la gare de triage de Juvisy

Si vous souhaitez en savoir un peu plus vous pouvez consulter ce site

Les provisions à l’Almanarre

Ils descendent régulièrement en vacances à l’Almanarre par le train, chez Maria IMBERT. Ils reviennent toujours avec des provisions de légumes, car à Paris il n’y a pas grand chose à manger.

Les dangers du transport de gniole

En 1944 ou 1945, ils remontent une bonbonne de gniole pour Louis, le frère de Jean. Mais il ne faut pas se faire prendre avec cette bonbonne car tout le monde paierait cher et Maria IMBERT mangerait sa campagne.

 

Arrivés à PARIS, où il existe encore l’octroi à payer dans les gares, Jean pose la bonbonne camouflée dans un coin et demande à Lisette de la surveiller de loin pendant qu’il va chercher un taxi :  « si jamais un gradé quelconque s’approche de la bonbonne tu la laisses partir ». Finalement tout se passe bien et la bonbonne arrive à Draveil sans problème. 

 

Mais, en arrivant, Jean apprend le décès de sa marraine Adèle LE MOUEL épouse JAN, la sœur de sa mère. Il voue une adoration à sa marraine, plus qu’à sa mère, il est vrai que c’est elle qui l’a élevé au moins jusqu'à cinq ans. 

 

Il part aussitôt, avec sa mère en Bretagne pour l’inhumation pendant que Lisette reste avec Jean Mathurin MOUREAU, le père de jean, déjà malade du paludisme. 

 

De Bretagne, il envoie une carte à Maria IMBERT à l’Almanar qui au reçu de celle-ci se pose bien des questions : que c’est-il passé avec la bonbonne ? Elle aura la réponse un peu plus tard par courrier. Et Jean et Lisette de se dire que malgré tous les risques pris, ils n’auront même pas une bouteille de cette gniole... !

  

 

 

 

Première rencontre avec Pierre DERNY

En 1947, Juliette BLASCO une amie de Lisette, qui travaille toujours à l’hôpital de San Salvadour fait régulièrement des convois d’enfants de San Salvadour à Paris. Elle en profite pour rendre visite à Lisette et Jean et leur propose de l’accompagner pour rendre visite à un excellent copain de régiment de son mari Jeannot : Pierre DERNY. Ce dernier les accueille avec un lance pierre. Il est pressé, il est en train de manger et doit aller prendre son service, il est gardien de la Paix à la Préfecture de Police de Paris. Pierre repassera dire bonjour à Lisette à l’hôpital Tenon comme pour s'excuser.
                       

Lisette en septembre 1947

Le mariage

Et le 7 février 1948, à la mairie de Paris 20e, Jean et Lisette se marient avec pour témoins Gabriel Louis MOUREAU le frère de Jean et son épouse Alice LERALLU.

Le château Saint Pierre des Corps

En vacances à l’Almanarre en Août 1948, Jean et Lisette vont se promener dans le jardin du Château Saint Pierre des Corps, Château qui se trouve en face de la Campagne de Maria IMBERT. Le temps est serein, il fait beau, les cigales chantent.... Quelques temps après Lisette apprend qu’elle est enceinte.

Lisette attend un bébé

Mais voilà que ce début de grossesse se passe mal. Lisette se plaint d’être souvent fatiguée, la médecine du travail lui détecte des tâches au  poumon. Les médecins veulent la faire avorter (à l’époque l’avortement n’est pas légal), mais Lisette s’y oppose sachant qu’après elle ne pourrait plus avoir d’enfant à cause de cet accident pulmonaire.

 

Elle travaille à ce moment là en service de chirurgie avec le Professeur MOULONGUET. Elle lui pose une question qui la préoccupe beaucoup « pourrai-je élever mon enfant ». La réponse est oui et conforte Lisette dans son opposition à un avortement.

 

Parce qu’elle est enceinte, on lui fait un pneumothorax, c’est à dire qu’on lui insuffle de l’air entre les poumons et la plèvre. Tous les mois de sa grossesse, elle passe une radio et on lui insuffle de l’air, afin que son poumon ne travaille pas de trop. 

 

En plus de ce traitement, elle doit avaler un médicament le P.A.S. qui est affreusement mauvais au goût. Elle choisit de prendre ce médicament avec de la bière qui est le liquide qui cache le plus le goût de ce médicament : cela la dégouttera à jamais de la bière.

Mi mai

Et puis par, un jour glacial où se trouvent stalactites et stalagmites aux fenêtres, Lisette met au monde le bébé attendu. Mais comme tout effort lui est interdit à cause de ses problèmes de santé, le médecin l’anesthésie afin de lui mettre les forceps. 

 

Après la piqûre, Lisette qui commence à s’endormir, entend au lointain l’infirmière dire à sa collègue « j’ai oublié de lui demander le prénom » et Lisette lui répond « Jacqueline ». Elle ne saura jamais pourquoi elle a dit ce prénom car c’est Martine qui était prévu pour une fille. Lisette aurait peut-être préféré un garçon pour Jean. 

 

Je pense que j’ai du lui souffler car j'aime mon prénom.  

Et voilà, à quatre du matin Jacqueline pousse son premier cri.

 

Compte-tenu de ses problèmes de santé, la surveillante générale du service de maternité, entre-nous une vrai peau de vache, ne veut pas que Lisette voie son bébé. Mais une gentille infirmière lui amène tous les soirs, pour un instant, le bébé dès que la surveillante est partie.

Lisette se fait du souci pour Jacqueline

Mais Jacqueline, à cause des forceps pendant l’accouchement, a une hémorragie cérébrale. Pendant quelques temps, elle est entre la vie et mort. Lisette qui est sensée ne pas être au courant, s’inquiète quand même. 

 

Elle veut bien sortir de la maternité mais avec son bébé. Mais Jacqueline doit avoir  une rage de vivre, elle s’en sort. 

 

Et trois semaines plus tard, Antoinette, la sœur de Lisette, elle aussi infirmière qui est montée de Hyères exprès, a pris Jacqueline dans ses bras pour la sortir de la maternité. La sage femme en chef, Mademoiselle LECHEVALIER ne peut s’empêcher de faire un commentaire désagréable « voilà un beau bébé dont on apprendra la mort bientôt » . Mais Antoinette emmène ce bébé accompagnée de Lisette. 

 

Elles arrivent au 44 rue de la Chine, mais l’hôtel est interdit aux enfants. Le patron de l’hôtel veut bien fermer les yeux pour une nuit, mais espère que le bébé ne pleurera pas. Jacqueline dort cette nuit là dans un cageot capitonné.

 

Puis ne sachant où aller, Jean et Lisette viennent vivre avec Jacqueline au 12 Avenue Libert à DRAVEIL, chez les parents de Jean. 

 

Lisette capitonne un couvercle de cageot avec du coton cardé et l’enveloppe de tissus, lui met une sangle : c’est ce qui lui permet de porter Jacqueline sans trop d’effort. Paulette GLAUDO, la fille d’Antoinette, sera la marraine de Jacqueline. Elle est là pendant deux à trois mois avec Jean et Lisette. Elle accompagne Lisette aux consultations pour Jacqueline qu’elle porte en arrivant près de l’hôpital Tenon. 

 

Mademoiselle LECHEVALIER croise un jour Lisette et trouve qu’elle a un beau bébé. Lisette  ne peut s’empêcher de lui dire « vous voyez, le beau bébé, il n’est pas mort ! »

Boulevard de Bellevue

Lisette a repris son travail et la petite famille est maintenant logée dans le pavillon de gardien de l’Entreprise de Gabriel Louis MOUREAU, le frère de Jean, au 54 Boulevard de Bellevue à DRAVEIL. Jean est tout aussi capable de changer Jacqueline que Lisette.

 

Lisette travaille de garde toujours à l’hôpital Tenon, c’est la belle-fille de Gaétan, un employé de l’entreprise, qui loge au 12 avenue Libert chez la mère de Jean, qui garde Jacqueline avec sa fille pendant l’absence de Lisette et avant le retour de Jean.

Lisette à Gauche en tenue d'infirmière à l'hôpital Tenon

Traverser le pont de la Seine

Lorsque Lisette rentre de l’hôpital le soir, il fait nuit noire. Elle doit passer le pont de la Seine dont la lumière est éteinte et elle n’est pas très rassurée. Alors Jean  va tous les soirs la chercher à la gare de JUVISY. Dans son train, il y a des habitués, un soir un monsieur qui prend le même train et remonte sur DRAVEIL, propose à Jean d’accompagner Lisette jusqu’au bout du Boulevard de Bellevue (le 54 est la deuxième maison à ce bout). Jean avec l’accord Lisette, accepte. Le premier soir se passe bien, mais trois jours après ce monsieur à des paroles un peu trop entreprenantes : Jean retourne chercher Lisette tous les soirs.

 

Alice, la femme de Gabriel Louis, ne comprend pas pourquoi Lisette a peur le soir sur ce pont. Il est vrai, qu’elle y passe toujours de jour, souvent en voiture. Mais un soir, elle y passe alors que les lumières sont toutes éteintes et comprend enfin que Lisette puisse avoir peur.

 

A DRAVEIL, Jean-Marie et Dédé, les autres enfants d’Antoinette viennent quelquefois en vacances. Ils adorent accompagner Jean pour chercher Lisette car en attendant à la gare de JUVISY ils comptent les trains.

Cela sert d’avoir des relations pharmaceutiques

Jacqueline à 13 mois, elle tombe malade : typhoïde A et B. Elle est hospitalisée à l’hôpital Bretonneau. Afin de la sauver, avec l’accord de Lisette et de Jean, elle sert de cobaye pour un nouveau médicament en expérimentation. Après deux semaines d’hospitalisation, elle refuse de se nourrir. L’interne dit à Lisette qu’il ne faut pas la laisser là, qu’elle va attraper toutes les maladies. Mais Jacqueline ne peut sortir car le médicament est en protocole et n’est donc distribué qu’à l’hôpital. Jean contacte son chef pharmacien qui lui fournit toutes les gelules pour la durée du traitement : Jacqueline peut donc sortir après avoir en plus accepté auprès de Lisette de manger toute seule à la maison.

 

A suivre .....

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Published by Jacotte - dans Famille
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commentaires

Christiane D 02/05/2006 09:57

Comme tout ça parait lointain Jacotte... et pourtant je suis plus vieille que toi! tu reviens de loin ma belle ... pas étonnant lorsqu'on voit ton énergie! bravo pour ton récit mais une question : qui a bu la gnole???? bisous

gencat 02/05/2006 01:43

Comme tu racontes bien Jacotte, tu pourrais le publier ce récit ! Vivement la suite, je reste sur ma faim là ! Bisousssssss =^_^=

cathelvis 01/05/2006 00:23

Nous n'avons que quelques années d'écart, et ce que tu racontes me parait être si loin, si loin. Je n'ai pas recueilli de récits de la guerre ou l'après-guerre de ma famille. Mon père ne parlait pas beaucoup de son enfance, ma mère n'en avait pas de souvenirs comme elle était née au tout début de la guerre ...Heureusement qu'on sait que tu es là, bien parmi nous Jacotte, parce que tout au long de cet épisode, on se demande si Jacqueline va se sortir de toutes ces épreuves. Quel suspens !Bisous, et merci pour ce récit.

marine 30/04/2006 19:55

contente de lire lasuite de ces aventures très émouvant bien sûr Jacotte

Tricotine85 30/04/2006 18:43

J'adore ton "roman", j'ai un point commun avec ta mère toute la famille était à Juvisy au moment des bombardements, j'étais toute petite, mais j'ai quelques flash !!!!!!

Jacotte 30/04/2006 18:55

Oh ben ça alors ... Le monde est vraiment petit.
Ils ont vécu où à Juvisy parce que nous y avons vécu après .. à l'angle de la rue JJ Rousseau de la rue Blazy

domi83 30/04/2006 17:52

et moi j'ai en commun avec toi Jacotte .... Draveil ;-))) ça m'a fait tout drôle de voir Draveil dans ton texte !!! toute la famille du côté de Maman sont enterrés là-bas et je ne savais pas qu'il y avait eu autant de bombardements !!! ton histoire est toujours très émouvante et tu la racontes très bien !!! j'ai l'impression d'avoir un livre de chevet dont je lis 2/3 pages tous les soirs ;-))) j'attends la suite bien sûr avec impatience !!! à noter quand même que tu avais une santé qui relève du défi !!!

Jacotte 30/04/2006 18:26

Oh ben ça .... Je pourrai aller sur les tombes des tiens et tu irais sur les tombes des miens ... Puisque maman est dans le sud à La Crau  avec les cendres de papa ...
Ma santé : et oui j'en ai fait voir avec ma santé à mes parents ... J'ai été baptisée et ondoyée à quelques jours ... J'ai servi de cobaye ... mais je suis toujours là .. Finalement je dois en vouloir de vivre.
Pour les bombardements Oh oui ils ont été gatés. Il parait que les murs de la maison de grand-mère tremblaient ... Elle habitait de l'autre coté de la Seine par rapport à Juvisy ... Et Juvisy a été très détruit cette nuit là

Alexandrine 30/04/2006 17:49

Génial ton histoire de famille, et quelhéritage pour tes enfants d'avoir cela .Tu en as fait un livret ????j'attends la suite !!!

Jacotte 30/04/2006 18:27

oui j'en avais fait un livret que j'ai donné à maman le jour de ses 80 ans

souricette 30/04/2006 17:37

J'aime toujours te lire jacotte ! merci pour ce nouveau récit !Lisette et moi avons un point commun, le pneumothorax, aïe aîe aîe !J'imagine qu'à cette époque, la douleur n'était pas prise en compte...je t'envoi un gros bisou

Jacotte 30/04/2006 18:29

et bien dis donc tu parrais pas comme ça ...Remarque maman non plus, sauf qu'elle avait du mal à respirer en altitude.
Et oui, je pense  qu'à l'époque on ne prenait pas autant conscience de la douleur et en plus enceinte ... peut être pas facile de donner des médicaments.
D'ailleurs maman avait un médicament qui avait  tellement mauvais gout, qu'elle n'arrivait à le prendre qu'avec de la bière ... Et bien je peux te dire qu'elle n'a plus jamais rebu une goutte de bière.

Catoche 30/04/2006 16:02

Très émouvant cette histoire.
Je me voyais moi aussi dans les rue de Juvesy !!!
Merci Jacotte de nous faire revivre ces instants